Cimetière paysager de La Baule

publié le Vendredi 01 Décembre 2017 dans Aménagement urbain & génie écologique

L’hydraulique a guidé l’aménagement du cimetière

Le cimetière paysager de La Baule a contribué au sauvetage de beaux arbres et à la gestion de deux zones humides prescrites par l’application de la loi sur l’eau.

 

Symbole scintillant de la transition vers l’au-delà, le mur en granit doré du Morbihan s’ouvre en un rectangle central pour cadrer la vue sur un chêne.
À l’entrée du cimetière paysager de La Baule (Loire-Atlantique), la préservation de cet arbre donne la clé du chantier engagé en septembre 2016, en vue d’une livraison à la Toussaint 2017 : « Les entreprises se sont adaptées aux arbres », résume David Poissonnet, chargé du suivi de l’opération à la direction des services techniques de la ville.
L’exigence s’est manifestée jusque dans l’ancien terrain vague reconverti en parking enherbé sur un dallage en plastique alvéolaire : de nombreux sujets ont sauvé leur écorce, et seuls quelques chênes verts complètent des plantations empruntées à la palette régionale. Armé d’une corde pour optimiser les tracés, le paysagiste Michel Péna a passé une partie des premières semaines de travaux à redessiner la voirie de service qui ceinture le site de 12–ha dans un revêtement en désactivé lié avec du verre pilé, ainsi que le canal qui trace l’axe central. Ici, un tronc noueux ; plus loin, une tige arquée ou les courbures d’une branche horizontale : le paysagiste s’est assuré de la complicité de la nature pour accompagner le dialogue entre les vivants et les morts.

 

Équilibre entre déblais et remblais
Tapissé de plantes subaquatiques sur ses rives couvertes d’un lit d’ardoise et d’une géonatte, le canal prend naissance derrière le chêne de l’entrée, qui émerge désormais d’un belvédère en platelage d’azobé, bordé de garde-corps en acier Corten. Comme le chêne sauvé à l’entrée, l’eau contribue à l’apaisement du coeur des endeuillés. Mais elle permet aussi de sortir par le haut des difficultés d’un aménagement qui empiète sur une zone humide : de l’amont, le canal tamponne les ruissellements pluviaux du parking et du bâtiment ; vers l’aval, il alimente de manière diffuse les deux zones humides, l’une créée et la seconde améliorée à l’intérieur du site, dans le cadre des mesures compensatoires. Le calendrier a rendu possible ce schéma : « Nous n’aurions pas pu lancer ce projet après l’entrée en vigueur des nouveaux dispositifs d’application de la loi sur l’eau », précise David Poissonnet. « Pourtant, l’aménagement ralentit les écoulements et contribue à la prévention des inondations », complète Johan Ploquin, chef de projet au bureau d’études Ouest Am’, chargé des voiries et réseaux.

 

Une infrastructure invisible sous-tend l’affirmation : les pompes installées dans la fontainerie enterrée de 17–m2 commandent les fluctuations de la surface de l’eau, dans le canal. « L’hydraulique n’utilise jamais l’eau du réseau », souligne Johan Ploquin. Une série de piézomètres permettent de vérifier la parfaite étanchéité du cimetière où aucune sépulture ne peut descendre en dessous de 2–m de la surface. Les dernières semaines du chantier confirment la performance environnementale : les terres en cours d’excavation, pour les besoins des deux zones humides, servent de merlons protecteurs et de cadres aux deux premières alcôves destinées aux caveaux de deux ou quatre places. Ces derniers aménagements prolongent une recherche constante de l’équilibre entre déblais et remblais dans les terrassements qui ont totalisé 10 000–m3. L’aplanissement du site et la correction d’une légère pente sur le tracé du canal avaient offert un premier exutoire aux déblais. En déambulant sur les dalles ou les pavés en comblanchien, le visiteur se familiarise avec les nouvelles pratiques funéraires : à gauche du canal, les premières cavurnes paraissent obéir à une disposition aléatoire mais leur éparpillement permet d’occuper une division du cimetière en vue d’une densification progressive par la suite. Plus au fond dans une zone boisée, des pavés à joints engazonnés recevront bientôt les cendres qui s’éparpilleront dans le jardin du souvenir. Dissimulé dans l’épaisseur du mur d’entrée, le bâtiment abrite des espaces de recueillement avec leur patio végétalisé équipé de cendriers de jardin. Avec le métallier local Ouest Industrie, l’architecte Jean-Luc Rolland salue ceux qui franchissent ce faux mur : la grille d’entrée reproduit le foisonnement d’une haie de charmilles, comme un hommage du métal au végétal, dans une oeuvre où l’architecture fusionne avec le paysage.